
Simone Rocha amène la fable du lièvre et de la tortue sur les passerelles de Londres
"Elle part, elle s'évertue, elle se hâte avec lenteur" dans sa collection FW25
24 Février 2025
Rien ne sert de courir, il faut partir à point : tel est l’enseignement que l’on retient de la collection FW25 de Simone Rocha, à peine présentée à la Fashion Week de Londres. En effet, la créatrice dublinoise qui a lancé sa marque éponyme il y a une quinzaine d’années montre une fois de plus au public de la mode que même si le processus prend du temps, si le succès vous attend au bout du chemin, il vous attendra des années s’il le faut. Alors que la marque s’impose un peu plus dans la sphère fashion à chaque semaine de la mode et à chaque collaboration que la créatrice entreprend - notamment celle avec Crocs mais surtout après son passage sur les passerelles de Jean-Paul Gaultier en tant que guest-designer, où ses cendrillons hyper modernes ont tout de suite conquis le public - Simone Rocha présentait hier une collection peut-être pas du goût de ceux qui ont crié scandale devant les têtes de lion de la collection SS23 de Schiaparelli, mais probablement appréciée des passionnés de poésie française. En effet, si les créations de la collection semblaient tout droit sorties d’une fable, c’est parce que les muses de la jeune créatrice ne furent autres que le lièvre et la tortue de Jean de la Fontaine.
Aux looks total cuir ou encore aux robes bleues et roses pastel semblables presque à celles des princesses des vieux contes de Walt Disney s’ajoutent des peluches de lapin et des pièces de fausse fourrure, comme si le mannequin revenait d’une séance de chasse concluante. La touche coquette Rocha est bien entendu présente, à travers les petits noeuds signatures et les motifs floraux. Pourtant les silhouettes girly sont cassées par un twist plus agressifs, avec du noir, du cuir, mais aussi des coupes qui tombent en lambeau (dans le sens littéral du terme) comme si une bataille contre un animal de la forêt était survenue avant le début du défilé et avait mal fini. Des vestes et des jupes en tweed bien sage à la Chanel ont également subi le traitement de la déchiqueteuse. Les super modèles Bel Powley et Alexa Chung arboraient des tenues mêlant robes et manteaux inspirés de l’esprit rebelle du perfecto, présentant des silhouettes de filles cool, voire impertinentes. Le soutien-gorge en fausse fourrure façon Barbarella porté par Chung s’inscrit dans une large gamme de pièces duveteuses en écho au motif du lièvre qui a inspiré Rocha. Du côté de la mode masculine, on retrouvait des hauts à volants, des combinaisons ornées de perles et une remarquable parka à queue de poisson ceinturée, accompagnée d’une pochette en résine façon écaille de tortue — un clin d’œil plus discret aux pièces marquées par la thématique du lièvre.
Bien qu’innovante, la collection contient toutefois un facteur nostalgie bien ancré, exprimé à travers l’utilisation de motifs du passé pour créer des looks inspirant des souvenirs de la mémoire collective pour la toucher en plein coeur. L’avant-dernière silhouette par exemple est composé d’une robe oeuf en satin duchesse noire rappelant la silhouette d’une tortue, cintrée à l'épaule et au genou par une chaîne de cadenas de bicyclette symbolisant les abris à bicyclettes de l’école. Une inspiration que l’on comprend à entendre la créatrice raconter pourquoi elle a choisi précisément le lièvre et la tortue comme inspirations. C’est le souvenir d’une conversation avec son ancienne principale du lycée qui fit émerger en elle l’idée de se baser sur la fable pour sa collection. Elle explique, en parlant de Mlle Ruddock, la principale : « Elle m'a raconté l'histoire de la tortue et du lièvre. Elle m'a dit que dans l'éducation ou dans la vie, vous serez l'un ou l'autre. Je me souviens d'avoir pensé, en sortant de l'école, 'Mmm. Je suis prête à devenir une tortue’ ». Et cette lenteur tout en régularité, elle paye pour Simone Rocha. Bien que l’on aurait des choses à redire sur la collection, comme les matières qui semblent parfois un peu cheap et les coupes pas toujours parfaites, on se dit tout de même que Jean de la Fontaine aurait apprécié l'idée. On est sûre que c’est le cas de Mlle Ruddock.